Vous avez reçu un courrier de l'Arcom ou de la DGCCRF — guide de réponse pour la France
Par WCAG Auditor · Publié le
Deux voies, et savoir laquelle vous concerne est justement la question ouverte
La France surveille l’accessibilité numérique selon deux voies distinctes et, fait inhabituel, déterminer laquelle s’applique réellement à vous n’est pas une formalité : c’est actuellement l’objet d’un contentieux en cours. Si vous vous trompez de voie, vous préparerez la mauvaise réponse.
Voie 1 : l’Arcom, au titre de l’article 47
L’Arcom contrôle les services de communication au public en ligne au titre de l’article 47 de la loi de 2005 sur le handicap, renforcé par l’ordonnance n° 2023-859. Après une mise en demeure, l’Arcom peut sanctionner un service non conforme et sanctionner séparément les manquements aux obligations déclaratives — la déclaration d’accessibilité, le schéma pluriannuel de mise en accessibilité et le dispositif de contact —, sanctions renouvelables tous les six mois tant que le manquement persiste. Exprimé en maximums : jusqu’à 50 000 € pour un service non conforme, plus jusqu’à 25 000 € pour les manquements déclaratifs, renouvelables tous les six mois.
Le détail qui compte vraiment : l’obligation d’accessibilité numérique de l’article 47 ne s’attache qu’au-delà d’un seuil de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires. En dessous de cette ligne, la voie de l’Arcom ne vous atteint tout simplement pas — ce qu’un tribunal français a précisément jugé récemment (voir ci-dessous).
Voie 2 : la DGCCRF, la transposition de l’EAA proprement dite
La DGCCRF contrôle l’accessibilité des produits et services destinés aux consommateurs au titre du Code de la consommation (article L.412-13, précisé par le décret n° 2023-931) — commerce en ligne, banque, transport, téléphonie, livres numériques et médias audiovisuels —, aux seuils propres à l’EAA et non au seuil de 250 millions d’euros retenu par l’Arcom. Exprimé en maximums : une contravention de 5e classe, jusqu’à 7 500 € par infraction, jusqu’à 15 000 € en cas de récidive, cumulables entre infractions.
Ce qu’un tribunal français a effectivement jugé sur la frontière entre les deux
Statuant en référé le 5 mai 2026, le tribunal judiciaire de Lille a rejeté une demande formée par des associations de personnes handicapées contre Auchan E-Commerce France — sur un motif de seuil. Le tribunal a appliqué l’article 47, a constaté qu’Auchan n’atteignait pas le seuil de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires qui déclenche la voie de l’Arcom, et a rejeté la demande sur ce fondement, tout en relevant par ailleurs que l’accessibilité du site était déficiente — environ 41 % de conformité. Cela mérite d’être lu avec précision : il s’agit d’un rejet portant sur le champ d’application, et non d’une constatation que le site était accessible. Les associations ont fait appel.
En pratique : si vous avez reçu un courrier citant l’article 47 ou l’Arcom, la première vraie question est de savoir si votre chiffre d’affaires franchit réellement les 250 millions d’euros — et non si votre site est accessible. S’il ne les franchit pas, c’est la voie de la DGCCRF, calée sur les seuils propres à l’EAA, qui peut effectivement vous atteindre.
Une troisième voie : l’action civile directe
Indépendamment des deux voies de régulation, des associations de personnes handicapées ont également porté des demandes en accessibilité directement devant le juge civil. Statuant en référé le 4 juin 2026, le tribunal judiciaire de Caen — saisi par apiDV et Droit Pluriel — a enjoint à Carrefour France de rendre carrefour.fr et son application mobile pleinement accessibles dans un délai de six mois, sous astreinte de 500 € par jour de retard au-delà de cette échéance. La position de Carrefour, selon laquelle une conformité RGAA de 71 % suffisait, a été écartée : le tribunal a retenu que l’obligation porte sur l’accessibilité pleine et entière, et non sur une accessibilité substantielle. Aucune somme n’est due à ce jour — l’échéance de mise en conformité se situe vers décembre 2026 et l’astreinte ne court que si elle est dépassée. Si vous faites face à une demande civile comparable, c’est ce standard — pleine et entière, et non substantielle — qu’il faut retenir pour bâtir un calendrier de remédiation.
Le délai
Aucune des deux voies de régulation ne publie de délai de réponse d’application générale au stade du premier courrier. La procédure de l’Arcom passe par une mise en demeure avant toute sanction possible ; la DGCCRF agit dans un régime contraventionnel. Lisez le courrier que vous avez reçu et la date qu’il indique. Si vous répondez à une demande civile plutôt qu’à un régulateur, le délai est fixé par la procédure elle-même : lisez ce qui vous a été effectivement notifié et associez un conseil juridique très tôt, compte tenu de la rapidité d’un référé (les décisions de Lille et de Caen ci-dessus ont toutes deux été rendues en référé).
Ce qu’il faut transmettre
- Déterminez d’abord quelle voie s’applique réellement. Pour l’Arcom, cela veut dire vérifier votre chiffre d’affaires réel au regard du seuil de 250 millions d’euros, plutôt que de présumer d’une couverture dans un sens ou dans l’autre. Pour la DGCCRF, vérifiez au regard du champ propre à l’EAA et de l’exemption des microentreprises — moins de 10 personnes et chiffre d’affaires ou total de bilan inférieur à 2 millions d’euros, pour les prestataires de services —, qui peut vous placer entièrement hors de l’obligation.
- Ce qui a été testé, et sur quelles interfaces.
- Au regard de quelle norme et de quelle révision — EN 301 549 (v3.2.1 / WCAG 2.1 AA, ou le projet final v4.1.0 / WCAG 2.2 AA).
- Quand cela a été testé, et ce qui a été constaté.
- Un plan de remédiation avec des dates réelles. Si vous répondez à une demande civile, rappelez-vous le standard de Caen : un pourcentage de conformité partielle, si élevé soit-il, n’a pas été admis comme satisfaisant à l’obligation. Des échéances déclaratives sans plan crédible derrière elles appellent le même résultat.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Ne présumez pas être couvert — ou non couvert — par une voie sans vérifier le seuil qui lui est propre. Cette détermination est toute la question juridique dans l’affaire de Lille.
- Ne présentez pas un pourcentage de conformité partielle comme si cela réglait le sujet. Un tribunal français a déjà écarté cet argument une fois, sur les faits de l’affaire de Caen.
- N’affirmez pas une conformité que vous ne pouvez pas prouver, ni à un régulateur ni à la partie adverse.
- N’ignorez pas un courrier relevant de l’une ou l’autre voie, ni une demande civile, en présumant que la frontière entre les deux régimes vous protège par défaut : pour une entreprise, dans une décision, elle n’a pas tranché la question de l’accessibilité, seulement celle du champ d’application.
Où s’inscrit un rapport EN 301 549
Un rapport de conformité EN 301 549 chapitre par chapitre, au regard d’une révision nommée et accompagné d’un plan de remédiation daté, est ce qui transforme « quelle voie nous concerne » d’une supposition en une réponse documentée — et vous donne quelque chose de concret à présenter à l’Arcom, à la DGCCRF ou à la partie adverse dans une instance civile. Voyez comment nous aidons, consultez l’état des contrôles chez les autorités de surveillance européennes, ou prenez contact pour discuter de la voie française qui vous concerne.
Cet article est purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique ; la voie applicable à une organisation donnée, et la manière de répondre à un courrier ou à une demande en particulier, relèvent de votre organisation et de votre propre conseil.